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Comment la guerre a commencé ?

“LA GUERRE EUROPEENNE” (traduit de l’anglais), 29 August 1914, The Advertiser (Adelaide, SA) p. 15 - ©Trove – National Library of Australia
"LA GUERRE EUROPEENNE"
Combats dans le nord de la France. - Grand engagement en cours. - Débarquement des Britanniques à Ostende. - Grande mobilisation armée de la Russie. - Huit millions de soldats mobilisés contre l'Allemagne et l'Autriche. - Les Allemands reviennent en hâte pour les affronter. - hommage britannique pour la Belgique.
29 août 1914, The Advertiser (Adelaide, SA) p. 15 - ©Trove – National Library of Australia.

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Posté le 6 mai 2025

Il est généralement admis que la Première Guerre mondiale a débuté le 28 juillet 1914, à la suite de l’assassinat de l’archiduc austro-hongrois François-Ferdinand. Mais comment un attentat isolé a-t-il pu précipiter le monde dans une guerre mondiale et meurtrière ? Revenons sur les origines de ce conflit.

Les historiens débattent des origines de la Première Guerre mondiale, mais le contexte historique est important et peut contribuer à expliquer les conditions qui ont conduit à la guerre en 1914.

 

À la fin du XIXème siècle, les nations européennes connaissent une période d’essor économique, industriel, démographique et social. Les différentes révolutions, depuis la Révolution française et celles du printemps des peuples, commencent à forger les identités nationales, et leur influence s’étend bien au-delà des frontières européennes avec, notamment, le développement de leurs empires. Malgré cette période prospère pour les puissances européens, d’autres tensions émergent ici et là et donnent naissance petit à petit à l’un des conflits les plus meurtriers du XXème siècle : la Première Guerre mondiale.

H.E.C. Robinson (Firm) & Robinson, H. E. C. - Le monde sur la projection de Mercator montrant les possessions et les sphères d'influence des grandes puissances (traduit de l’anglais), 1908. - ©Trove – National Library of Australia
Le monde sur la projection de Mercator montrant les possessions et les sphères d'influence des grandes puissances (traduit de l’anglais), par Robinson, H. E. C., 1908. - ©Trove – National Library of Australia.

I/ Un empire colonial européen sous tension

 

Lors de la deuxième moitié du XIXème siècle, le continent africain est convoité par les nations européennes. Plusieurs incidents interviennent entre les nations colonisatrices, qui mèneront à l’organisation de la conférence de Berlin de novembre 1884 à février 1885. Cette conférence délimite officiellement le partage du continent africain en colonies distinctes.

 

À l’aube du XXe siècle, les puissances européennes contrôlaient des colonies et des implantations de grande envergure à travers le monde.

Carte du partage du continent africain en 1914. Illustration issue de Herbert George Wells, The outline of history; being a plain history of life and mankind, illustrée par J. F. Horrabin, p.986, The Macmillan Company, New York, 1921.– Source archives.org.
Carte du partage du continent africain en 1914. Illustration issue de Herbert George Wells, The outline of history; being a plain history of life and mankind, illustrée par J. F. Horrabin, p.986, The Macmillan Company, New York, 1921. – archives.org.

À cette époque, les empires coloniaux européens sont les plus grands du monde. L’empire britannique (qui deviendra le Commonwealth en 1949) était le plus grand d’entre eux, mais la France détenait également une puissance coloniale considérable en Afrique et dans les Antilles. L’Italie, l’Allemagne, la Belgique ou encore le Portugal, possédaient également des colonies à travers le monde.

Les ambitions coloniales et la rivalité de ces empires contribuèrent à la croissance de tensions internationales.

Lithographie représentant des soldats de toutes les colonies de l'Empire britannique. Les soldats sont tous assis et debout devant une statue de la reine Victoria et des drapeaux de l'Empire britannique, vers 1900 - ©AWM ART93109
Lithographie représentant des soldats de toutes les colonies de l'Empire britannique devant une statue de la reine Victoria et des drapeaux de l'Empire britannique, vers 1900 - ©AWM ART93109
Illustration des participants à la conférence de Berlin en 1884, par Adalbert von Rößler, Illustrirte Zeitung, 1884. – © Domaine Public
Illustration des participants à la conférence de Berlin en 1884, par Adalbert von Rößler, Illustrirte Zeitung, 1884. - ©Domaine Public
Carte postale allemande prônant la Triple Alliance avec les devises « Einigkeit macht stark » ( « L’union fait la force ») et « Viribus unitis » (« Forces unies »), estimée du début du XXème siècle. - ©Domaine public
Carte postale allemande prônant la Triple Alliance avec les devises « Einigkeit macht stark » ( « L’union fait la force ») et « Viribus unitis » (« Forces unies »), estimée du début du XXème siècle. - ©Public Domain

 

II/ Une Europe des alliances

 

Après leur victoire sur les Français lors de la guerre franco-prussienne de 1870, et l’annexion de l’Alsace et la Lorraine (actuelle Moselle), l’empire allemand aspire désormais à consolider sa position en tant que puissance de rang mondial.

 

L’Allemagne cherchait à resserrer ses liens avec son voisin, l’empire austro-hongrois, et en 1882, les deux empires conclurent une alliance avec l’Italie : la Triple-Alliance. Cette alliance reste cependant fragile, d’autant plus que l’Italie convoite les terres « irrédentes » de la côte est de la mer Adriatique, détenues par l’Autriche-Hongrie.

 

Dans le même temps, la Russie et la France se rapprochent et concluent, en 1894, une alliance franco-russe. La Grande-Bretagne, elle aussi, se rapproche progressivement de la France et de la Russie, en partie à cause de l’expansion de la flotte allemande, qui rivalise avec celle de la Grande-Bretagne.

« Notre avenir est sur l’eau »

L’empereur d’Allemagne Guillaume II à Stettin, 1899.

 

 

Les tensions entre la France et l’Allemagne concernant leurs ambitions coloniales respectives étaient également à l’origine de ce nouveau rapprochement. Bien qu’il existât des tensions entre la Grande-Bretagne et la France au sujet d’ambitions similaires, celles-ci avaient été largement résolues en 1904 par la conclusion de l’« Entente cordiale ». Contrairement à la Triple Alliance, cet accord n’était pas une alliance formelle. Toutefois, il favorisait le renforcement des relations entre la France et la Grande-Bretagne. Une alliance militaire formelle ne serait établie qu’après le déclenchement d’une guerre.

 

L’Entente cordiale entre la France et la Grande-Bretagne devint plus tard sur la Triple Entente entre la France, la Grande-Bretagne et l’Empire russe. Là encore, il ne s’agissait pas d’une alliance militaire formelle, mais d’une entente de soutien mutuel. Elle était destinée à contrer la Triple Alliance formelle qui existait entre l’Allemagne, l’Empire austro-hongrois et l’Italie.

Affiche russe de 1914. L'inscription supérieure peut se traduire par « Concorde ». On y voit les personnifications féminines de la Grande-Bretagne (Lady Britannia), de la France (Marianne) et de la Russie, les alliés de la « Triple Entente » lors de la Première Guerre mondiale. ©Domaine public
Affiche russe de 1914. L'inscription supérieure peut se traduire par « Concorde ». On y voit les personnifications féminines de la Grande-Bretagne (Lady Britannia), de la France (Marianne) et de la Russie, les alliés de la « Triple Entente » lors de la Première Guerre mondiale. - ©Domaine Public
Currier & Ives, « Reddition de l'Empereur Napoléon III, au Roi Guillaume de Prusse à Sedan, France » (traduit de l’allemand), 2 septembre 1870 - ©Library of Congress.
Currier & Ives, « Reddition de l'Empereur Napoléon III, au Roi Guillaume de Prusse à Sedan, France » (traduit de l’allemand), 2 septembre 1870 - ©Library of Congress.

III/ Une Europe divisée

 

Les tensions entre les puissances européennes ont joué un rôle important dans la précipitation dans la guerre. La défaite française à Sedan en 1870 et la perte de l’Alsace-Lorraine laissent dans la mémoire française un fort ressentiment envers l’Allemagne. En outre, comme évoqué plus tôt, l’Italie a cherché à récupérer les terres de l’Empire austro-hongrois qui étaient historiquement italophones.

 

 

Pourtant, le catalyseur des tensions européennes se trouve dans les Balkans. Depuis le XIXeme siècle, dans cette région d’Europe de l’Est, des pays comme la Grèce, la Roumanie, ou encore la Serbie, parviennent à retrouver leur indépendance, alors sous domination de l’Empire ottoman.

L’Empire russe voyait dans l’indépendance de ces pays une occasion de consolider la culture slave et orthodoxe et soutenait la souveraineté de pays comme la Serbie.

Les Austro-Hongrois, quant à eux, considéraient ces pays comme des parties naturelles de leur territoire qui devaient être incorporées à leur propre empire.

« Les cinq États des Balkans en un coup d'œil » - The Daily Telegraph, p. 11, 19 novembre 1912. - ©Trove - Bibliothèque nationale d'Australie.
« Les cinq États des Balkans en un coup d'œil »
« Revenus, superficies, populations, armées et religions des cinq puissances des Balkans ».
« La carte ci-dessus met en évidence plusieurs points intéressants en ce qui concerne la taille des États des Balkans. Le Monténégro ne représente que la moitié du Pays de Galles. La Bulgarie fait 6000 miles carrés de moins que l'Écosse. La Turquie en Europe représente un peu plus de la moitié de la superficie de la Grande-Bretagne. En ce qui concerne les superficies, les populations et les armées, les États suivent le même ordre, mais en ce qui concerne les revenus, on remarquera que la Grèce dépasse la Bulgarie de deux millions et demi. »
- The Daily Telegraph, p. 11, 19 novembre 1912. - ©Trove – National Library of Australia.

Ces ambitions conflictuelles sont source de tensions. Les Austro-Hongrois administrent la Bosnie Herzégovine, peuplée notamment de Serbes et Croates. Les Serbes, convoitant ces territoires pour son accès maritime à l’Adriatique, voient leur ambition de souveraineté entravée, malgré le soutien de la Russie.

Lorsque l’Empire ottoman est chassé des Balkans, entre 1912 et 1913, les découpages territoriaux donnent naissance à de nouvelles tensions et désaccords, ainsi qu’à un fort nationalisme slave.

 

 

En 1914, les tensions dans la région causées par les intérêts des Russes, des Austro-Hongrois, des Serbes et des Bulgares atteignent un tel stade que le déclenchement des hostilités ne semble plus qu’une question de temps. On parle alors dans la presse de « poudrière balkanique ».

« Une situation menaçante » par Nelson Harding, Brooklyn Daily, 4 décembre 1912, p.7. Représentés de gauche à droite : La Serbie, l'Autriche-Hongrie, la Russie, l'Allemagne, la France et l'Angleterre. - ©Brooklyn Public Library.
« Une situation menaçante » par Nelson Harding, Brooklyn Daily, 4 décembre 1912, p.7. Représentés de gauche à droite : La Serbie, l'Autriche-Hongrie, la Russie, l'Allemagne, la France et l'Angleterre. - ©Brooklyn Public Library.
L'assassinat de l'Archiduc héritier d'Autriche et de la Duchesse sa femme à Sarajevo, supplément illustré du Petit Journal du 12 juillet 1914 - © BnF Gallica
Supplément illustré du Petit Journal du 12 juillet 1914 - © BnF Gallica.

IV/ L’attentat de Sarajevo et le jeu des alliances

 

C’est dans ce contexte que le 28 juin 1914, Gavrilo Princip, assassine l’archiduc François Ferdinand, héritier du trône austro-hongrois, et son épouse Sophie à Sarajevo, en Bosnie occupée.

Gavrilo Princip appartenait à un mouvement prônant la constitution d’un état yougoslave.

 

En réponse, le gouvernement austro-hongrois adresse une série de demandes à la Serbie. Celles-ci, consciencieusement élaborées de façon à ce que la Serbie ne puisse les accepter, demandaient notamment, une ingérence autrichienne dans la répression les mouvements dissidents serbes. L’acceptation de certaines et le refus d’autres de ces demandes par la Serbie entraina la décision de Autriche-Hongrie de bombarder la capitale, Belgrade le 28 juillet 1914.

 

Cette attaque déclencha le mécanisme du jeu des alliances. La Russie, disposant d’un panslavisme important, ordonne la mobilisation le 30 juillet pour défendre la Serbie. Cette décision ne signifiait pas pour la Russie une guerre immédiate, car il lui faudrait beaucoup de temps pour mobiliser efficacement ses troupes inorganisées et dispersées. Cependant, pour l’Allemagne, cette décision était suffisamment proche d’une déclaration de guerre pour y répondre en déclarant la guerre à la Russie le 1er août.

 

 

L’Allemagne avait cependant un plan de guerre qui consistait à attaquer la France. Pour ce faire, elle devait passer par la Belgique et éviter les fortifications construites le long de l’Alsace-Lorraine. Pensant pouvoir vaincre la France rapidement et se tourner ensuite vers son véritable ennemi, la Russie, l’Allemagne déclare la guerre à la France le 3 août 1914. La France de son côté a déjà préparé sa propre mobilisation générale.

 

La Grande-Bretagne suit ces événements de près, consciente du danger que représenterait une invasion de la Belgique par l’Allemagne. La défaite de la Belgique par l’Allemagne lui permettrait de disposer d’une puissance industrielle importante et d’un accès à la Manche. C’est pourquoi, lorsque l’Allemagne envahit la Belgique, la Grande-Bretagne lui déclare la guerre le 4 août 1914.

Affiche de « l’ordre de mobilisation générale » français du 2 août 1914. - ©Archives de Paris
Affiche de « l’ordre de mobilisation générale » français du 2 août 1914. ©Archives de Paris

Le 11 août 1914, la France et l’Angleterre déclarent conjointement la guerre à l’Autriche-Hongrie.

 

L’Italie rompt avec l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie et opte pour une position neutre. Elle ne rejoindra les Alliés qu’en 1915, elle ne rejoindra les alliés qu’en 1915, en échange des terres austro-hongroises qu’elle convoite toujours en cas de victoire.

 

La Triple Alliance, désormais double ne compte plus que l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie, se tourne vers un autre empire laissé de côté depuis les guerres balkaniques, l’Empire ottoman. Il s’allie à l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie en octobre 1914.

« La plus Grande Guerre de l’Histoire du monde » (traduit de l’anglais) Greatest War In World's History, The Age, Melbourne, Vic. p. 9, 3 August 1914. - ©Trove - Bibliothèque nationale d'Australie.
« La plus Grande Guerre de l’Histoire du monde »
Toutes les puissances européennes impliquées. – « L’Allemagne déclare la guerre à la Russie. – Mobilisation générale en France. – Les déplacement britanniques tenus secrets. – Les dominions britanniques se tiennent prêts en cas d’urgence. – Le Canada offre 30000 soldats. » The Age, Melbourne, Vic. p. 9, 3 August 1914. ©Trove - National Library of Australia.

La Première Guerre mondiale était désormais en marche.

Progressivement, dans le contexte de mobilisation, les puissances européennes mobilisèrent leurs ressources du monde entier. L’Australie, en tant que dominion britannique, répond à l’appel. Sa première contribution majeure dans la guerre a lieu à Gallipoli, dans l’Empire ottoman, où les troupes débarquent le 25 avril 1915.

Membres du 10e bataillon AIF attendant d'embarquer sur le navire de transport « Ionian » à destination de la péninsule de Gallipoli. - ©AWM A02145
Membres du 10e bataillon AIF attendant d'embarquer sur le navire de transport « Ionian » à destination de la péninsule de Gallipoli. ©AWM A02145
Références

BECKER Jean-Jacques, L’Europe dans la Grande Guerre, Histoire Belin Sup, Paris, 1996.

 

Pour en savoir plus : Les origines de la Première Guerre mondiale (page en anglais)

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