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L’humour des tranchées

Caricature de Frank Dunne montrant un groupe de soldats debout dans une tranchée

Actualités

Posté le 14 février 2018

L’humour apportait une soupape de sécurité aux soldats australiens confinés dans les tranchées lors de la première guerre mondiale.

La Professeur Véronique Duché, Professeur de français à l’université de Melbourne, a découvert que les membres de l’Australian Imperial Force (AIF) apprenaient la langue de leurs alliés et de leurs ennemis, puis les transformaient en argot pour obtenir un effet comique.

« Les troupes australiennes arrivèrent sur le front occidental en 1916, deux ans après que les français aient commencé d’y combattre, mais elles adoptèrent néanmoins ce moyen d’expression ».

À la suite des journaux français Bochophage et Rigolboche (1915–1918), « boche » signifiant « allemand », les Australiens produisirent le magazine Aussie de 1918 à 1919.

Dans la première édition, le rédacteur en chef Phillip Harris utilisait des nouveaux termes tels que « Aussie » et « digger » :

« D’autres n’apprécient pas notre argot. Mais Aussie rappelle à ces critiques amicaux que beaucoup d’argot est utilisé dans les conversations de notre armée. Quels que soient les défauts de notre vernaculaire Aussie, il a certainement le mérite d’être expressif. Aussie vise simplement le fait d’être un authentique Aussie (Australien)… Et, après tout, l’argot d’aujourd’hui est la langue de demain ».

Le magazine Aussie n’avait aucune honte à être australien, célébrant l’esprit des soldats :

« Voici Aussie. Il accompagne la force de l’A.I.F…. Son seul objet dans la vie est d’être brillant, gai et intéressant, afin de refléter l’état d’esprit heureux et la bonne humeur rencontrés dans l’armée australienne… Aussie ne considère pas montrer un manque d’éducation de la part d’un Digger d’appeler un gentleman un Digger ; et le Digger qui n’apprécie pas d’être appelé ainsi ne mérite pas ce compliment ».

La Professeur Duché déclare que l’argot des journaux incluait « Fritz », un raccourci du prénom allemand répandu « Friedrich », pour dire « Allemand », et « Alleyman », un jeu de mot phonétique sur « Allemand », le mot français signifiant « German ».

L’Australie multiculturelle comprenait une nombreuse population allemande à l’époque de la première guerre mondiale, 10 000 allemands représentant le groupe le plus important de personnes non britanniques de l’État du Victoria depuis 1861. C’est peut-être une des raisons pour lesquelles les caricatures australiennes se montraient plutôt aimables.

La Professeur Duché explique que nombre de ces mots ont disparu depuis, à part celui de « Jerry » qui réapparut pendant la deuxième guerre mondiale.

« Ces publications de tranchées procurent un aperçu sans égal sur la vie et la mort de tous les jours pendant la Grande guerre, et elles révèlent l’humeur de l’époque », poursuit-elle.

« En décrivant l’ennemi, les auteurs finissent par en révéler plus sur eux-mêmes. Parler « de l’autre », c’est parler de soi ».

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