Histoire

Retour à la salle de presse

Les rapports du front occidental

Keith Murdoch, correspondant de guerre (à droite), en compagnie du Premier ministre australien Billy Hughes (AWM E02650)

Actualités

Posté le mai 14 2018

Comment les nouvelles des lignes de front de la Belgique et la France pouvaient-elles arriver via les journaux aux côtés du petit déjeuner sur les tables australiennes ?

Initialement, les journalistes avaient été bannis de l’action, mais ils ont ensuite été intégrés dans le système militaire au cours de l’année qui a suivi le début de la guerre.

Cela a permis aux autorités de sélectionner les journalistes, de promouvoir la censure et de produire des rapports qui amélioraient leur situation.

La Grande-Bretagne, à la tête des Alliés, avait limité ses correspondants de guerre accrédités au nombre de cinq, tandis que l’Australie avait disposé de onze journalistes ainsi que deux photographes au cours de la guerre.

Le correspondant officiel de l’Australie était Charles Bean, mais il y avait d’autres figures notables, notamment Keith Murdoch qui rapportait pour The Herald, AB (Banjo) Paterson pour The Argus et l’écrivain Katharine Susannah Prichard, qui travaillait depuis Fleet Street à Londres.

Les rapports des correspondants australiens étaient censurés deux fois, d’abord par les responsables de la censure britanniques sur le champ de bataille, puis par les autorités australiennes en vertu du War Precautions Act de 1914. Ils pratiquaient également un certain degré d’autocensure.

Les auteurs Fay Anderson et Richard Trembath avaient fait remarquer que quelques « moments de rébellion » se produisaient parfois, lorsque les journalistes, qui se considéraient comme des témoins oculaires, refusaient de produire des rapports aseptisés et héroïques :

« Keith Murdoch avait fait des révélations explosives au sujet de l’incompétence militaire… tandis que la tourmente intérieure de Bean avait trouvé certaines occasions pour s’exprimer », écrivirent-ils dans leur History of Australia’s Conflict Reporting.

« Les batailles étaient censurées au point d’en être inexactes et elles étaient constamment présentées sous un jour positif ; les nouvelles étaient retardées pendant des mois ; et le lexique de la guerre restait optimiste et victorieux : l’échec, le carnage et la défaite n’avaient pas leur place dans le vocabulaire. …

« Les seuls indices liés aux défaites retentissantes qui parvenaient au public australien étaient les longues listes de victimes publiées de manière séparée dans les journaux ».

Si parfois, les rapports étaient mis en commun, les journaux australiens n’en restaient pas moins décentralisés et en compétition. En outre, la Grande-Bretagne n’appréciait pas leur indépendance, car celle-ci découlait du désir de l’Australie de recevoir ses propres rapports.

Les journalistes tels que Bean se rendaient jusqu’à la ligne de front tous les jours, couvrant un tronçon de 130 km. Une copie du journal était portée par des pigeons ou expédiée à Londres pour être transmise par télégraphe.

Les retards étaient souvent longs et inexpliqués. Par exemple, même si la Force impériale australienne est arrivée en France le 19 mars 1916, il a fallu attendre le 10 mai pour voir la publication du premier rapport officiel.

Cela occasionna un vide aux conséquences inattendues. La « gloire » de Gallipoli maintenait sa domination, on idéalisait les « Anzacs » comme étant des « super soldats » : physiques, fringants, courageux, drôles et fiables.

Bien que beaucoup de ces qualités furent mises en évidentes en Égypte et en France, cette célébration ne laissait que peu de place aux histoires alternatives, en particulier celles des personnes rapatriées souffrant de diverses incapacités et traumatismes.

Quant à eux, les journalistes considérèrent que leurs normes éthiques avaient été occasionnellement mises à rude épreuve, en particulier après que la stratégie britannique fasse appel à des soldats australiens. Lors la bataille de Fromelles (juillet 1916), conçue comme diversion, 5 530 hommes australiens ont été tués ou blessés en seulement 27 heures.

Les hommes furent abattus par les mitrailleuses allemandes ou noyés dans la boue après avoir glissé de leurs caillebotis.

Bean a qualifié la bataille, qui fut la première action majeure des Australiens, de « malheureuse et de « spectacle navrant ».

En privé, il écrivit : « On peut voir les blessés ramper dans les cratères d’obus près de la rivière, nous devons essayer de les faire rentrer avant ce soir … Cette première impression n’est pas à la hauteur du désastre. Il faut dire que nous avons subi entre 4 000 et 5 000 pertes. »

Site by Swell Design Group