
Histoire
Retour à la salle de presseLa vie dans les tranchées

Structure caractéristique de la Première Guerre mondiale, les tranchées devinrent dès fin 1914 le lieu de vie des soldats de toutes les nations. Pour ces soldats exposés aux multiples dangers de la guerre, la vie dans les tranchées du front occidental était aussi misérable que risquée.
L’enlisement du conflit.
En septembre 1914, l’armée française stoppa l’avancée allemande au nord de Paris, dans ce qui fut rapidement appelé le « miracle de la Marne », en la repoussant de plus de 60 km. Une fois le front stabilisé autour de l’Aisne, les armées se livrèrent à une « course vers la mer », chacune tentant de contourner l’autre par le nord ; l’échec de cette tentative créa une impasse, formant une ligne de front continue s’étendant de la côte belge à la frontière suisse.

Progressivement, les lignes défensives des camps adverses devinrent impénétrables, la guerre de mouvement céda la place à une guerre de position. La nécessité de protéger les soldats contre l’artillerie et les balles ennemies conduisit à la création de tranchées. Au départ, celles-ci suivaient souvent des éléments existants tels que des chemins creux ou des fossés de drainage.
En hiver 1914, ce vaste réseau devint le théâtre infernal, sinistre et fréquemment boueux du front occidental.
Le concept de tranchées n’était pas entièrement nouveau en 1914. Elles avaient été utilisées à plus petite échelle pendant des siècles dans le cadre de sièges, ainsi que lors de conflits comme la guerre des Boers (1899-1902) en Afrique du Sud, ou encore la guerre russo-japonaise de 1904.

Les tranchées étaient généralement constituées de trois lignes, espacées de quelques centaines de mètres et reliées entre elles par d’autres tranchées de communication sinueuses. Elles étaient creusées à environ 2 mètres de profondeur et surmontées de parapets en sacs de sable. Les parois étaient renforcées par des lattes de bois afin d’éviter qu’elles ne s’effondrent en cas de fortes pluies. Elles comportaient également de nombreux postes de tir et d’observation, des nids de mitrailleuses et des abris rudimentaires.

- No Man’s Land
- La première ligne était crénelée afin de protéger contre les tirs d’enfilade et de réduire l’impact des explosions d’obus. Ses fonctions principales étaient de protéger l’infanterie contre les tirs ennemis, de permettre aux soldats de tirer sur l’armée adverse depuis l’intérieur de la tranchée, de servir de point de départ pour les assauts de l’infanterie.
- Située entre 70 et 100 mètres à l’arrière, la deuxième ligne de tranchées servait de position de repli, de base de soutien ou de défense lors des contre-attaques. Elle comprenait des abris, parfois profonds et couverts, des postes d’observation et des installations médicales de base.
- A plus de 150 mètres de la première ligne, la troisième ligne servait de tranchée de réserve, de voie d’approvisionnement ou de voie de retraite. Moins fortifiée, elle s’appuyait davantage sur le relief naturel pour se dissimuler. Cependant, cette ligne était plus exposée aux tirs d’artillerie à longue portée.
- Les tranchées de communication permettaient les déplacements et l’approvisionnement.
La vie dans les tranchées.
Les soldats étaient quotidiennement exposés aux dangers des tirs d’artillerie, des mitrailleuses, des soldats ennemis ou des attaques au gaz.
Malgré les rotations hebdomadaires, les tranchées étaient le principal lieu de vie des soldats, un endroit où régnaient un danger constant et des conditions épouvantables. Lorsqu’ils ne combattaient pas, les soldats effectuaient des tâches routinières pour entretenir les tranchées, posaient des barbelés, patrouillaient ou enduraient de longues périodes d’attente. Confinés dans un espace de vie aussi réduit, les soldats souffraient souvent de claustrophobie.


Les conditions météorologiques difficiles ont apporté le froid, la pluie et la boue, tandis que le sommeil, l’hygiène et les repas chauds étaient rares. L’eau potable était rationnée et la boue recouvrait souvent tout.
Les conditions sanitaires étaient épouvantables. Les soldats vivaient au milieu des rats, des poux, des mouches, des déchets et des cadavres, créant une odeur nauséabonde qu’ils appelaient « l’odeur de la mort ». Cet environnement insalubre était à l’origine de nombreuses maladies, notamment la dysenterie, le typhus, le pied des tranchées et la gangrène.
« Jeunes et vieux sont un peu là pour la défense de la Patrie.
Toute la journée les marmites tombent, les balles sifflent, les crapouillots, etc
Dans mon régiment beaucoup manquent à l’appel, il y a aussi des blessés et ce n’est pas fini.
Le repos pour l’instant il ne faut pas y penser, toujours aux aguets.
Si on arrive à sommeiller, les rats sont là pour nous réveiller.
Nous avons eu bien froid, mais je crois que l’eau c’est pire, si seulement l’hiver était fini.
Je comptais venir en permission vers le 20 pour 4 jours, mais il faut attendre jusqu’au 15 janvier. Si toutefois il ne m’arrive pas malheur d’ici là… »
Lettre d’André à Marguerite, le 9 décembre 1915.

Une autre constante dans la vie d’un soldat dans les tranchées était l’attente. Les soldats attendaient sans cesse : un repas, du courrier, la réparation des tranchées, la relève, l’ordre d’attaquer, sans oublier la menace permanente des tirs ennemis.
Cette peur permanente des bombardements ou des tirs de snipers mettait leurs nerfs à rude épreuve, s’ajoutant à l’immense tension physique à laquelle ils étaient déjà soumis.

