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Comment les soldats de l’ANZAC ont sauvé le rugby français

« Les grands matches de rugby de la guerre » - Double page du journal La Vie au grand air du 15 juin 1917 – Source BNF.

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Posté le 25 septembre 2023

Le rugby est un sport fédérateur, qui rassemble de nombreux joueurs et supporters du monde entier. La Coupe du monde de rugby, qui se déroule cette année en France, est l’occasion pour des nations du monde entier de s’affronter sur le terrain.

Si le rugby est toujours aujourd’hui un sport populaire en France, peu de gens savent qu’il a failli disparaître du paysage sportif français pendant la Première Guerre mondiale. Plus rares encore sont ceux qui savent qu’il a survécu grâce aux soldats australiens et néo-zélandais.

Le 3 août 1914, l’Allemagne déclare la guerre à la France dans la mécanique du jeu des alliances. Le lendemain, c’est le Royaume-Uni qui déclare la guerre à l’Allemagne, et rapidement, toutes les plus grandes nations européennes sont engagées dans un conflit qui durera 4 longues années.

Les soldats y ont été confrontés à un mélange de peur et d’ennui. Peu à peu, les soldats ont trouvé des moyens de s’occuper en pratiquant des sports d’équipe, souvent introduits par les troupes de l’Empire britannique. Le rugby est considéré comme un sport viril et populaire par les militaires et les républicains français, mais sa popularité est également concurrencée par un autre sport en plein essor, le football.

Alors que le football gagne une popularité exceptionnelle dans les lignes françaises, il tend progressivement à supplanter le rugby.  Une des raisons de cette évolution vient du fait de la dureté de la guerre, qui pousse les soldats à préférer des sports moins brutaux que le rugby, et par conséquent le pratiquent donc de moins en moins. Par ailleurs, les affres de la guerre ont déjà causé la mort de bon nombre de soldats, notamment de rugbymen, et le risque de disparition du rugby français se révèle de plus en plus grand.

The 59th battalion playing rugby football behind the line at Barleux on 20 September 1918 – AWM E03356
Le 59e bataillon de l’AIF jouant au football rugby derrière les lignes à Barleux le 20 septembre 1918 - © AWM E03356

 

 

L’USFSA (Union des sociétés françaises de sports athlétiques), dans le but de sauver le rugby français, crée une commission, présidée par Charles Brennus, manager de l’équipe de France, qui élabore un plan pour sauver cette discipline. Un plan qui implique des soldats d’autres armées alliées, les « ANZAC » (Australian and New Zealand Army Corps), afin de les faire jouer face et avec des soldats français lors de rencontres tant informelles qu’officielles.

 

La forte popularité du rugby en Australie et Nouvelle-Zélande ont fait des soldats de ces pays des ambassadeurs tout désignés pour défendre sa pratique. Par ailleurs, les équipes d’Océanie faisaient déjà l’objet d’une forte popularité en Europe, réputées pour leur qualité de jeu et leur technique. Rapidement, des soldats français ont rencontré sur le terrain des soldats australiens et néo-zélandais. Grâce à ces rencontres, le jeu français s’améliore et se précise. Même les joueurs français les plus néophytes développent leurs plaquages, dribbles, mêlées et touches sur les conseils des Anzacs.

« LES AUSTRALIENS GUERRIERS ET SPORTIFS» - « C’est au cours d’un match de rugby disputé récemment en Angleterre, entre deux équipes de soldats australiens (Anzac) qu’a été pris cet instantané curieux. On sait que nos alliés ont qualifié du nom d’Anzac les contingents australiens et zélandais qui prirent une si brillante part aux affaires des Dardannelles. » - Illustration du Journal l’Excelsior du 20 novembre 1916, source BNF

Des rencontres officielles seront également organisées, opposant des divisions australiennes et néo-zélandaises comme les unités du First Australian General Hospital et de la New Zealand Bakery qui se sont affrontées à Rouen en mai 1916. Mais la rencontre la plus marquante de cette période est celle de la Coupe de la Somme en avril 1917 au vélodrome du bois de Vincennes, où plus de 60 000 spectateurs sont venus assister au match entre l’équipe de l’armée française et les « All Blacks de guerre » néo-zélandais (défaite française 40-0).

« Le match de rugby Néo-Zélandais contre Armée française » - « Une phase du match. – Les Néo-zélandais portent des maillots noirs. » - « Un grand match de rugby a mis aux prises hier, à la piste municipale de Vincennes, l’équipe néo-zélandaise, champion de l’empire britannique, et une équipe française composée d’internationaux d’avant-guerre. Les joueurs étaient venus spécialement du front. Les Néo-Zélandais ont gagné par 40 points à 0. » - Journal Excelsior du 9 avril 1917 – Source BNF.

La défaite est cuisante pour l’équipe française, mais la popularité du rugby est au plus haut. Les clubs de l’arrière accueillent de nombreux nouveaux joueurs, principalement des jeunes lycéens et des seniors, trop jeunes ou trop âgés pour aller se battre. C’est également à cette époque que l’on voit apparaître les classes d’âge dans le sport, qui se diffuseront après la guerre aux autres disciplines.

Le rugby fut encore joué par de nombreux soldats à l’heure de la démobilisation. En Angleterre, les Français ont affronté à nouveau les Néo-zélandais, mais également les Australiens, Canadiens, Gallois, Britanniques et Américains, confirmant la place de la France dans le rugby international.

Ballon gagné après une mêlée lors d’un match de rugby de l’armée entre le Canada et l’Australie à Twickenham, remporté par l’Australie 38 points à zéro. 28 mars 1919 - © AWM D00528

Cependant, même si le rugby de toutes nations a eu une place importante durant le conflit et a survécu à la Première Guerre mondiale, la plupart des équipes d’avant-guerre ont été décimées après les quatre années de conflit. Près de 133 joueurs internationaux identifiés ont disparu chez les Alliés durant la Première Guerre mondiale.

 

Le Centre Sir John Monash propose actuellement son exposition temporaire, Dans la mêlée : Le rugby pendant la Première Guerre mondiale.

Entrée gratuite sur les heures d’ouverture du Centre Sir John Monash jusqu’au 5 novembre 2023. Pour plus d’information, vous pouvez contacter [email protected].

Bibliographie : Michel Merkel, 14‑18. Le sport dans les tranchées. Un héritage inattendu de la Grande Guerre, Toulouse, Le Pas d’Oiseau, 2012.

 

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