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Dernancourt : « Un combat défensif acharné »

Renforts pour le 52e bataillon à La Neuville, près de Corbie, le 12 avril 1918. Ils remplaceraient certains des hommes perdus dans les combats à Dernancourt une semaine plus tôt. (AWM E02396)

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Posté le 28 mars 2018

« Les morts s’entassent en couche épaisse devant le talus et ils seront plus nombreux bientôt, pauvres hères. La sinistre faucheuse a fait une récolte exceptionnelle aujourd’hui. Des vies humaines brusquement fauchées par la pression d’un doigt sur la gâchette d’un fusil. » – soldat Edward Lynch

La bataille de Dernancourt, en mars et avril 1918, a lieu autour du talus de chemin de fer de la petite ville française de Dernancourt.

Dernancourt est un combat acharné dans lequel le sort d’Amiens, jonction ferroviaire stratégique, est en jeu. Au début du mois, les Allemands profitent de la libération de milliers de leurs soldats du front Est pour renforcer leurs armées sur le front occidental. C’est la conséquence de la signature du traité de Brest-Litovsk qui met fin à l’engagement de la Russie dans la Première Guerre mondiale.

Avec ces troupes supplémentaires, les Allemands lancent l’opération Michael et d’autres opérations de moindre envergure, dans un ultime effort pour mettre fin à la guerre selon leurs conditions, avant que les Alliés ne reçoivent le renfort de troupes américaines fraîches.

Les Allemands poussent vers l’Ouest depuis le début de l’opération Michael, en reconquérant des territoires précédemment perdus au profit des armées alliées. Si les Allemands poursuivent leur marche vers l’Ouest et réussissent à forcer les défenses australiennes près de Dernancourt pour capturer Amiens, ils seront en mesure de porter un coup fatal.

Dans la bataille qui s’ensuit, environ 4 000 membres des 12e et 13e brigades en sous-effectif de la 4e division de l’AIF tentent d’arrêter une armée presque irrésistible de quatre divisions allemandes quasiment entières, totalisant 25,000 hommes. Bien que finalement débordées par la masse des forces allemandes, les deux brigades parviennent à enrayer la vague allemande, avec une perte de 1,100 hommes.

Le point culminant de la bataille de Dernancourt est sûrement la pluie d’obus explosifs et à gaz qui s’abat sur les troupes australiennes pendant 2 heures et demie, au matin du 5 avril, causant mort et dévastation. Ceux qui ne sont pas tués ou blessés immédiatement font face à la nature implacable du barrage d’artillerie.

« …plus deux heures depuis le début du barrage d’artillerie et toujours aucun signe de ralentissement. Nos cerveaux ne pourront plus supporter ce terrible bruit beaucoup plus longtemps. Nos têtes vont sûrement exploser ! Les têtes ne sont pas faites pour supporter un tel vacarme. »

Le barrage est suivi par des vagues successives d’attaque de l’infanterie allemande sur leurs positions. Face au plus grand assaut unique de la guerre, les Australiens tiennent bon.

«…les unes après les autres, les vagues d’Allemands viennent se briser sur les tirs des fusils et de la mitrailleuse Lewis.»

Le combat qui suit est viscéral et implacable. Les hommes racontent que le grondement de la bataille était si fort qu’ils ne pouvaient pas entendre la détonation de leurs propres armes. Les Australiens, comme les Allemands, font preuve de bravoure et de perspicacité tactique. Les deux côtés réalisent de superbes exploits tactiques, les Allemands conçoivent des manœuvres surprises pour capturer des batteries de mitrailleuses australiennes avant qu’elles ne parviennent à riposter. Les Allemands, qui veulent garder l’avantage, ne prennent même pas la peine d’escorter leurs prisonniers australiens vers l’arrière, leur disant simplement d’aller directement à Dernancourt.

Les Australiens s’opposent résolument à l’avancée de l’infanterie allemande et malgré des revers, parviennent à assurer le succès du retrait de leurs troupes. Ils peuvent alors se regrouper et organiser une contre-attaque. Au prix de lourdes pertes humaines, les Australiens empêchent les Allemands de poursuivre leur route vers Amiens.

Alors que le compte rendu officiel de la bataille souligne principalement le bon traitement des deux adversaires l’un envers l’autre avec, en particulier, des exemples de soins médicaux prodigués par les Allemands aux blessés australiens, il y a aussi des exemples de cruauté. Ceux-ci, cependant, font exception, la majorité des combattants se traitant mutuellement de manière honorable.

Le rappel le plus émouvant de cet honneur est peut-être l’histoire de la croix de Dernancourt, conservée à présent au mémorial australien de la guerre (Australian War Memorial). Quelque temps après la fin de la bataille, les tombes de deux soldats australiens sont découvertes près des positions occupées et défendues par le 48e bataillon – des positions qui ont été attaquées par les soldats allemands. Les tombes sont marquées d’une croix où les Allemands écrivent : «Hier Liegt Ein Tapferer Englischer Krieger» (ici repose un brave guerrier anglais).

Dans leur mort, ces Australiens ont été honorés par leurs ennemis.

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