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Amiens, Queensland, Australie

Actualités

Posté le 24 mars 2018

Dans un coin tranquille du Queensland, en Australie, se cache une région que l’on pourrait confondre avec la Somme.

Le quartier français situé non loin de Stanthorpe, au sud-ouest de Brisbane, commence par la ville d’Amiens et, le long de l’ancienne ligne de chemin de fer, l’on trouve Messines, Bapaume et Passchendaele. Puis il y a Pozieres, Bullecourt et Fleurbaix.

Faisant partie de la ceinture de granit, et fourmillant de vergers et de fermes maraîchères aujourd’hui, ces endroits furent d’abord des colonies militaires après la Première Guerre mondiale.

Ce programme constitua l’une des premières initiatives conjointes du Commonwealth et d’un État en Australie après la Fédération.

Les soldats et infirmières de retour au pays se sont vu offrir une parcelle de terres de la Couronne britannique pour cultiver… et prospérer.

Bon nombre d’anciens combattants et de femmes n’avaient jamais réellement géré une exploitation agricole et portaient des blessures de guerre – physiques et psychologiques –, mais étaient prêts à démarrer une nouvelle vie et à réussir. D’autres désiraient simplement partir vivre au calme, en marge de la société.

Dans la région de Stanthorpe, l’une des nombreuses parcelles sélectionnées dans tout le pays, 700 parcelles de terre furent ainsi mises à disposition dans ce qui allait s’appeler la colonie militaire de Pikedale (en anglais, Pikedale Soldier Settlement).

Pikedale doit son nom à son tout premier propriétaire, John Pike. De même, les soldats et infirmières revenant du front occidental choisirent des noms qui avaient un certain sens à leurs yeux : ils voulaient rendre hommage aux lieux où ils avaient combattu ou perdu des compagnons.

L’arpenteur de l’État du Queensland approuva leur initiative ; ainsi, une ville qui devait s’appeler Diggerthorpe fut renommée Amiens. Le directeur général des postes et du département des terres, chargé de coordonner l’attribution de noms de lieux de guerre dans tout le Queensland, approuva Fleurbaix, Pozieres, Bullecourt, Messines, Passchendaele et Bapaume.

Le nombre de colonies militaires aux noms français augmenta ainsi rapidement grâce aux incitations du gouvernement.

Le défrichage débuta en 1917 et huit hectares furent mis de côté pour la forêt d’État de Passchendaele afin d’y former les anciens soldats. Une scierie fournit du bois pour les baraquements et permit d’embaucher.

Plus de 4 000 pommiers et pêchers furent plantés et une école ouvrit ses portes. Les anciens soldats reçurent un prêt équivalant à deux ans et demi de salaire pour pouvoir acheter le terrain, l’équipement et le matériel.

En l’espace de deux ans, le district de Pikedale comptait 46 soldats et leurs familles. Une fabrique de confiture y fut établie et la colonie s’étendit à 400 ex-militaires.

L’exploitation minière décolla en 1920 lorsque de l’étain, de l’or et de l’argent furent découverts à Swiper’s Gully. De nombreux soldats tentèrent alors leur chance en attendant que leurs arbres fruitiers donnent des fruits mûrs.

Une ligne de chemin de fer fut ouverte pour acheminer par chariots les denrées vers les marchés de Brisbane et très vite l’on compta près de 200 bâtiments, églises, entrepôts frigorifiques et centres médicaux.

L’un des points d’orgue fut la visite officielle du prince de Galles pour ouvrir la ligne ferroviaire d’Amiens et découvrir cette colonie modèle.

Mais, au-delà de l’optimisme ambiant, de sérieuses difficultés émergèrent et mirent à mal même les plus durs à cuire. Les exploitations étaient surcapitalisées et les anciens soldats souffraient de problèmes de santé. La région manquait d’eau et de système d’évacuation des eaux, tandis que les cultures étaient vulnérables au gel, à la grêle, aux nuisibles et aux maladies.

D’anciens soldats abandonnèrent, d’autres persistèrent. En 1927, seulement la moitié des colons vivaient encore sur leurs terres. Dix ans plus tard, ils n’étaient plus que 50.

Aujourd’hui, de nombreux descendants vivent encore dans la région et, bien que le programme de colonies militaires fût généralement considéré comme un échec, ces descendants ont profité du travail de pionnier de leurs aînés.

Stanthorpe, à l’image de nombreuses régions françaises, est aujourd’hui reconnue pour ses produits viticoles et fermiers : pommes, poires, baies, fruits à noyau, kakis, figues et olives, ainsi que de nombreuses variétés de légumes.

Les fermiers de notre époque sont naturellement fiers de leurs origines : ces colonies militaires aux noms de lieux qui honorent des champs de bataille en France.

L’Association d’Histoire d’Amiens, dans le Queensland, est une association locale active qui a créé le Centre du patrimoine d’Amiens pour commémorer le centenaire du programme de colonies militaires de Pikedale.

Références

Lectures complémentaires:

  • Bruce Scates et Melanie Oppenheimer. The Last Battle: Soldier Settlement in Australia 1916-1939. Port Melbourne: Cambridge University Press, 2016.
  • Marilyn Lake. The Limits of Hope: Soldier Settlement in Victoria, 1915-38. Melbourne: Oxford University Press, 1987.
  • Lorene Long. Soldier Settlers of the Granite Belt: The Pikedale Soldier Settlement Scheme. Auto-publié. 2014.

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